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‶Concentré de Web et Coups de Gueules ″

21 août 2013

La Pantomime du Poisson Rouge !

Les dérives du Fish Porn :

À sasser et ressasser toujours la même histoire on se lasse. C'est comme voir éternellement la même image stéréotypée, formatée, dupliquée : les incontournables photos de trophées.

Il y quelques années, j'avais du mal à feindre ma fierté et j'ai réalisé combien c'était inutile et éprouvant en retrouvant cette photo jaunie. La douloureuse image du pêcheur repenti devant son poisson rouge exsangue.


Lors de mon tri, je ne pouvais pas ignorer ce chef d'œuvre de l'inénarrable et il me semblait bon d'en conserver une trace. J'ai machinalement ouvert un livre pour y glisser l'Ekta comme marque page.


"Norvège, années 85/90"


Vu le peu d'intérêt accordé à cette image, il me fallait mémoriser le livre pour retrouver, au besoin, ce cliché en bonne place. En ce cas, la bibliomancie instinctive peut contribuer à une révélation immédiate. Il est rare de saisir un bouquin sans en goûter quelques lignes. Comme il arrive souvent d'en ouvrir à l’aventure, avec l’intention d’y trouver quelques lumières et, tomber sur tel passage qui s’accorde merveilleusement avec ce que l’on cherche.
Une synchronicité pourrait-on dire... Car sur l'instant, je ne cherchais rien de particulier si ce n'est mettre de l'ordre dans mon incommensurable bordel.

C'est l'extrait ci-dessous du "Le baron écarlate" de Madeleine Ferron, qui me rapprocha du contexte de cette photo dont j'avais du mal à me détacher :


« Il faut endosser ses erreurs comme on endosse ses vertus... avec fierté !
Et transformer, en avantages, les conséquences d'une faute. »


Je refermais le livre d'un air sombre, buttant sur l'esthétique et la fatuité maladroite de ma posture. Bien qu'avec le temps, l'orgueil comme les phosphates se liquéfient au fil de l'eau.
Vous imaginez, une photo vielle de trente ans, dont la seule chose agréable fut de revoir mon couvre chef australien et son écusson brodé SexWax.
Un souvenir terni par un looser, qui, en son temps, m'avait dérobé l'objet...
D'ailleurs, j'ai un souhait à son attention : que le cul lui pèle, que les couilles lui pendent et que les pharmacies soient fermées. Et que les urgences soient en grèves ! 

Sambleu, aurais-je perdu mon sang froid ?

Sans la moindre gêne, grivois comme un hussard, prêt à partir en campagne contre les afficheurs d'un silure visqueux flirtant dans les bras d'une potiche.



"Les mots me manquent"



Une goutte de sueur perlait sur mon front à l'instant précis où, une résurgence affichée de mépris pour ce dont on tire avantage commençait à pointer le bout de son nez : une irrésistible envie de cracher dans la soupe !

Quel intérêt me direz-vous. Aucun, du moins pas plus que la photo générique de ce billet et son poisson rouge à moustaches racoleuses.
Le seul bénéfice à traiter ce sujet étant d'accroître de façon exponentielle les courbes statistiques de ce blog dans Google Analytics.
Et pour cause, quand on parle à un pêcheur de gros poissons, il dresse l'oreille, mais si on lui suggère des images coquines, il salive !

Certains magazines de pêche papier ou en ligne en profitent et en abusent, ça crée du trafic, de l'audience. Le sensationnel fait vendre et tout le monde souhaite attirer l'attention et gagner en visibilité... C'est comme au bord du canal, il faut amorcer, si non, ce sont les moustiques qui vous appâtent.
Marketer, bien cibler son lectorat et bâtir une ligne éditoriale en accentuant sur la "pêche côté charme", et la récurrence des publications fait le reste...
Le choc des images ou des images choquantes ?
Les deux mon Général !


La décadence s'accommode admirablement du tendancieux. Au demeurant, il faut essentiellement toucher son public, le fidéliser et éviter les compromis. Il faut du lourd, du consommable et rapidement... Seul prime la satisfaction du désir. Dans l'état, les rédactions se contentent de provoquer et de répondre à cette demande .

"Et concernant le poids des mots, inutile de passer dans mon bureau mon p'tit, ici on s'en b..... !"

De nos jour nous pouvons rire de tout, nager avec des requins dans une piscine, se faire bouffer et ne plus être surpris de rien.


Incontestablement le "Fish Porn Strash" ne fait pas l'unanimité : 


Le groupe FaceBook "Les femmes et la pêche" totalise à ce jour 657 membres et, vitupère au passage le magazine aux premières de couvertures les plus immondes de sa catégorie : Pêche Record Magazine.
Tout est dans le titre, un spécialiste du genre :

"FaceBook groupe : La pêche et les femmes"


Quant le ras le bol s'installe, la colère d'une femme est aussi piquante que l'épine dorsale d'une vive. Mieux vaut regarder où l'on mets les pieds...
Dégoûté, c'est le nom universel pour qualifier le fish porn outrancier, vulgaire !


Au-delà des problèmes financiers que traversent certaines de nos entreprises du secteur de la pêche et de la presse spécialisée, il y a effectivement le flottement de cette triste monotonie dans la catégorie Porn Fish, qui véhicule une image dégradante de la pêche en général.

Beaucoup d'entre nous ne s'y reconnaissent pas et malgré eux, tolèrent le joug et porte le faix d'une presse machistes.


"Les pêcheurs de silures boivent de la bière en regardant le football, prennent leurs pieds à piloter des voitures ostentatoires et préfèrent les femmes bruyantes à gros seins. 
Les pêcheurs de truites regardent Arte, dégustent du vin blanc, conduisent des voitures étrangères un coussin gonflable côté passager et ne pensent guère aux femmes. 
Cette dernière caractéristique peut avoir quelque chose à voir avec le fait, que les pêcheurs de truites passent la plupart du temps immergés jusqu'aux cuisses dans l'eau glacée."
                                                                                   (Anonyme)


Les poissons du porno nous les évaluons lorsque nous les voyons : comme beaucoup d'autres choses le Fish Porn n'a de valeur que dans la perception que l'on en a. C'est variable suivant les individus.
Les plus délicats y verront une sublimation de leurs instincts, stimuleront leur plaisirs et prolongeront celui-ci après la capture.


"Fish Porn Chub de Dordogne"


Quant à glisser un saumon argenté bien potelé entre les cuisses d'une jolie brunette, ce n'est qu'un symptôme de plus dans une société malade. Un chancre de l'évolution influençant l'identité et l'image de la femme, tant dans la publicité que sa place dans la société.
L'exhibition, idem, on sait d'où cela provient. Le schéma est archaïque et trainasse inexorablement son fardeau depuis la nuit des temps.
Ceci dit, si les fous du sexe trouvent matière à fantasmer dans d'obscurs marécages, grand bien leur fasse. Mais en prenant soin toutefois, de ne pas écorcher à un roncier leur fragiles scions.



"(...) On mettra la sexualité au premier rang des intérêt humain. Comme tranquillisant social, il y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l'existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d'entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l'euphorie de la publicité devienne le standards du bonheur humain et le modèle de la liberté."
                                                                                                                                                                   Aldous Huxley
 

Ce qui est créatif, voire récréatif aujourd'hui devient le poisson fourrage des pornographes de demain. C'est moins la faute des photographes que des éditeurs qui sont, après tout, les gardiens des photos qu'ils publient. Si les éditeurs web et papier commençaient à élever leurs attentes créatives, peut-être que les photographes suivraient.

À moins, évidemment, que ces rédactions à sensations cherchent un nouveau débouché dans les calendriers des fonds de placards ?


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Il y a des réactions plus intéressantes et bienveillantes concernant le magazine que vous incriminez. Voir le lien ci dessous :

http://rivière.com/maintenant-ne-bouge-pasje-vais-aller-chercher-le-crocodile/

Le photographe Olivier Portrat ne fait pas de porno et son dernier film sur la pêche des silures a même été diffusé sur Arte.