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‶Concentré de Web et Coups de Gueules ″

3 oct. 2013

La Vie Selon Gus Orviston :

Initiation et Catch and Release !

Libérer les poissons que nous attrapons pour nos loisirs marque un point de vue complètement différent de celui de nos aïeuls.

La pratique de cette philosophie du "catch and release" s'est imposée comme la norme d'un nouveau type de pêcheur, établissant un compromis intelligent entre la passion "prédatrice" et  l'environnement.

Une nécessité permettant la conservation des écosystèmes et l'avenir de ses habitants.

À l'instar du No-Kill ce modèle nous vient des États-Unis. Il a été amplement soutenu dans la littérature halieutique et les nombreux écrits sur la nature. Certaines de ces œuvres ont merveilleusement été adaptées au cinéma qui en extrait toute la quintessence : "The River Why" est un de ces films, au même titre que "A River Runs Through It", "Salmon Fishing in the Yemen"...

Pour nous, lecteurs, les livres sont un peu comme des truites dans le courant des rivières : une invitation à la philosophie de la vie.

L'autobiographie de Gus Orviston, personnage irrévérencieux certes, mais talentueux pêcheur à la mouche, est assurément l'un des plus attachant de la littérature américaine contemporaine, à la fois drôle, plein d'humour et d'intelligence.
Le récit prend la forme d'une fable philosophique et écologique. Le tout savamment distillé dans une œuvre dont l'écriture limpide nous fait penser parfois à John Irving pour les situations cocasses, Jim Harrison pour le coté truculent ou à Richard Brautiguan quand il ironise et raille les pêcheurs à travers le personnage de Baduc...

À n'en pas douter, au fil des pages de "La vie selon Gus Orviston", c'est le pur style de David James Duncan qui nous parle. Son premier roman devenu un livre-culte aux USA. Un classique du genre.

Son écriture sensible et subtile nous fait cheminer vers des contrées qui recèlent toutes les nuances de nos vies, sans que l'on puisse les appréhender avec justesse tant il est difficile de rester lucide. Duncan convoque régulièrement son goût prononcé pour le surréalisme et une poésie accentuée de polythéisme. Une analogie où le style utilisé se confond avec l'objet du récit.
La magnifique histoire du parcours initiatique de Gus, face à un long chemin pour découvrir la source où réside les mystères de la vie et, ainsi, accéder à une existence d'épanouissement parcouru par le grand frisson...


Quant au film, il met en avant le pêcheur prodige. Un virtuose de la canne à mouche pouvant capturer ceux qui hantent les rivières sans que rien ne puisse entraver sa volonté. 
Ses nombreuses sessions le guident vers les réponses à donner à la rivière Tamanawis*, s'écoulant sous ses yeux chaque jour en forme de point d'interrogation. Jusqu'à sa rencontre avec une muse jouissant d'une complicité tacite : Eddy aussi est reliée à la rivière Tamanawis par la soie de sa canne.



"La vie selon Gus Orviston" un film de Matthew Leutwyler avec Amber Heard et Zach Gilford..."


Après quelques paroles confuses lors de leur premier contact, le jeune garçon demeure troublé. La nudité éclatante de cette sylphide illuminée par les reflets de l'eau laisse Gus sans mot. Soudainement, il l'aperçoit plongeant dans la rivière à la poursuite de sa tige en noisetier, un saumon royal hameçonné à l'autre extrémité.
Subjugué par tant de grâce, Gus se retrouve inévitablement piqué à l'hameçon de l'Amour.
Ses rêves et ses pensées seront désormais hantés par cette apparition aussi féerique qu'insaisissable.


C'est ainsi que nous cheminons jusqu'à fin de l'histoire. Au terme de sa rencontre avec le saumon prophète. Le vieux Chinook. Pris au piège de la ligne, le poisson royal guidera Gus dans une dévalaison au terme de laquelle "l'homme" osera, enfin, le grand pas vers le consentement.
Un point culminant au clair de lune d'où jaillit une ligne de lumière venant traverser son cœur. L'accomplissement du Cath And Release.

Note :

Si mes humeurs de pêcheur sont rétives à toutes notions de croyances issues de telle où telle confession, j'ai été agréablement touché par cette quête d'absolu. Une sincérité défini par la capacité de chacun à pouvoir construire son propre univers d'intégrité. Sereinement, sans pour autant se rattacher à une déité quelconque.

Comme quoi, si l'on souhaite donner un sens à tout çà, il est possible d'avoir cette foi en réponse aux multiples questions qui nous assaillent.
Simplement, humblement, humainement, de la même manière dont je crois aux bienfaits de la nature, aux larmes et aux rires spontanés des enfants.

Un livres brillants, dont l'adaptation au cinéma vous invite à abandonner promptement toutes les tâches urgentes et lorgner durant une heure ou deux la sulfureuse Amber Heard. Une compensation somme toute plus qu'agréable. 

Un film à voir et à revoir :



Tamanawis*, nom fictif donné à la vallée et à la rivière... ("L'Orbe Vivante" Christian Lambercy)



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